Yves Blériot, est professeur des universités à l’IC2MP – Institut de Chimie des Milieux et Matériaux de Poitiers, laboratoire du CNRS et de l’université de Poitiers. Son domaine d’étude ? Les sucres… Lors d’un débat et d’une exposition ouverte au public, il abordera cet aspect d’une chimie qui œuvre pour la santé et l’environnement.

Après un post-doctorat à Oxford avec G.W.J. Fleet, un pionnier dans le domaine des iminosucres, Yves Blériot a débuté sa carrière d’enseignant-chercheur à l’université de Paris 6 et à l’ENS rue d’Ulm, avant de rejoindre l’université de Poitiers. Pour se présenter, le chercheur indique « je suis chimiste avec des affinités biologiques ».

Sa carrière, il la consacre à l’étude et à la transformation des sucres, des molécules « vertes » issues de la biomasse. Il existe des milliers de sucres différents dans la nature qui présentent tous de fortes potentialités. Par des approches chimiques, les molécules de sucre, peu coûteuses, peuvent être transformées en des composés à haute valeur ajoutée possédant de nouvelles propriétés que l’on cherche à maitriser.

En termes de santé, les applications des recherches menées par Yves Blériot suivent deux directions :  contribuer à réduire l’antibiorésistance, un problème majeur de santé publique, et « réparer » les enzymes agissant sur les sucres, des usines cellulaires dont le dysfonctionnement est responsable de maladies rares/orphelines.

On sait tous que les bactéries pathogènes sont de plus en plus résistantes aux antibiotiques alors comment faire ? Créer de nouveaux antibiotiques ? Malheureusement les bactéries ont souvent un coup d’avance. L’alternative étudiée par le chercheur est de rendre ces bactéries à nouveau sensibles aux antibiotiques existants et disponibles à l’aide de petites molécules de sucres qui vont perturber l’intégrité de la paroi bactérienne – composée de sucres et de protéines- et fragiliser la bactérie.

Le syndrome de Sanfilippo est une maladie rare neurodégénérative dont l’espérance de vie des patients ne dépasse pas l’âge de 20 ans.  Elle concerne environ une naissance sur 100 000. En cause, une enzyme du nom de NAGLU qui fonctionne mal voire pas du tout car elle est déformée. Pourquoi l’IC2MP s’intéresse à cette maladie ? « Elle n’a pas de traitement et on a un savoir-faire qui pourrait permettre de corriger partiellement l’enzyme ».

La stratégie utilisée à Poitiers est de développer des chaperons pharmacologiques, des petites molécules sucrées qui vont se fixer spécifiquement à l’enzyme et lui redonner sa forme active d’origine. Cette approche thérapeutique a été validée récemment dans la maladie de Fabry, une autre maladie rare.

Une difficulté pour les chercheurs consiste à obtenir des cellules de malades pour tester les molécules. Une collaboration entre l’IC2MP et une unité INSERM à Toulouse qui dispose de cellules de patients permet de faire progresser cette recherche. Mais « réussir à produire des molécules qui vont avoir une forte affinité pour l’enzyme » est un long chemin semé d’embûches. Créer une molécule de toute pièce nécessite d’enchainer et d’optimiser 10 à 15 étapes de synthèse organique ce qui prend un an de travail environ. L’évaluation de ces molécules est ensuite menée en collaboration avec des équipes canadienne et japonaise.

En mettant ses compétences au service d’une chimie liée à la santé, Yves Blériot conclut « On a deux sources de satisfaction dans notre domaine : quand on arrive à faire une molécule que l’on a imaginée sur le papier et quand on s’aperçoit qu’elle possède les propriétés espérées ! ». Vive les sucres !

par Elisabeth Nau

 

 

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