Si la vie nous était contée : les Gabonionta.

Inauguration de la première exposition des fossiles gabonais vieux de 2,1 milliards d’années.

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C’est une première mondiale : le NHM, Naturhistorisches Museum Wien, le Muséum d’Histoires Naturelles de Vienne, en Autriche, accueille du 12 mars au 5 octobre 2014 une partie de la collection de fossiles découverts depuis 2008 au Gabon par l’équipe du Pr. Abderrazak El Albani de l’Université de Poitiers.

Exposition Gabonionta Voir les photos de l’inauguration de l’exposition Gabonionta Exposition Gabonionta L’inauguration de l’exposition Gabonionta à Vienne le 11/3/2014, petit clip vidéo réalisé par l’équipe d’UPTV de l’université de Poitiers. Vidéo sur l'exposition Gabonionta Si la vie nous était contée : les Gabonionta… Article Réalisé à partir du dossier de presse du NHM – Naturhistorisches Museum Wien. Gabonionta NHM

En 2010, un article dans la revue Nature a fait l’effet une bombe. Le géologue Abderrazak El Albani de l’Université de Poitiers, de l’institut de recherche (IC2MP) et du Centre National Français de la Recherche Scientifique (CNRS) a découvert près de Franceville au Gabon les plus anciens fossiles d’organismes complexes, dans des schistes datant de 2,1 milliards d’années. Ces extraordinaires fossiles ont été étudiés par une équipe internationale coordonnée par le Pr El Albani. Cette découverte sensationnelle a fondamentalement changé notre compréhension de l’évolution de la vie et a repoussé l’origine connue de la vie multicellulaire et macroscopique de plus de 1.5 milliards d’années.

Experiment life - the gabonionta Les Gabonionta et les origines de la vie – Dossier de presse du NHM

Les plus anciens fossiles de restes d’organismes, à savoir des fossiles de biofilms ont été conservés dans des roches de 3.48 milliards d’années. Les fossiles eucaryotes datent d’il y environ 1.8 milliard d’années et se distinguent des organismes procaryotes par la présence d’un noyau cellulaire et d’organites. Des analyses de pointe se basant sur l’hypothèse de l’horloge moléculaire ont confirmé l’origine Protérozoïque d’eucaryotes récents. Mais en fait, il est possible que les eucaryotes aient constitué un élément important de la biosphère déjà beaucoup plus tôt : en effet les scientifiques ont constaté des biomarqueurs typiques de ces organismes dans des hydrocarbures âgés de 2.7 milliards d’années identifiés dans le cratère de Pilbara en Australie. Sans doute la vie multicellulaire ‘est développée plusieurs fois et dans des domaines variés. Néanmoins la communauté scientifique a considéré jusqu’ici que son apparition ainsi que l’origine de la vie macroscopique se situaient à l’aube de la faune d’Ediacara qui s’est développée beaucoup plus tard, c’est à dire il y a environ 580 millions d’années. Abderrazak El Albani et son équipe ont remis en cause ce point de vue : ils ont découverts dans des sédiments gabonais âgés de 2.1 milliards d’années des fossiles d’organismes macroscopiques et multicellulaires vivant en colonies, les fameux Gabonionta. Cette découverte est une véritable révolution scientifique.

Inauguration de l'exposition Gabonionta L’oxygène un moteur de l’évolution

D’un point de vue géochimique, le moment de l’apparition le moment de l’apparition des Gabonionta n’est pas dû au hasard, mais à l’un des grands bouleversements de l’histoire de la Terre : le G.O.E ou Great Oxydation Event (la grande oxydation). Entre 2.4 et 2.3 milliards d’années, pendant la glaciation Huronienne, de l’oxygène libre s’est pour la première fois accumulé dans l’atmosphère. on pense que la vie elle-même est à l’origine de cet énorme changement : probablement il y a 3.1 milliards d’années, mais en tous cas au plus tard il y a 2.7 milliards d’années, la photosynthèse oxygénique des cyanobactéries en tant que modèle exemplaire d’un métabolisme efficace s’est largement répandue. L’oxygène libre s’est fixé dans les océans avec le Fe2+ et les molécules organiques. La jeune atmosphère à son tour était le théatre de réactions chimiques entre l’oxygène et les minéraux réduits de la lithosphère. C’est seulement suite à l’oxydation des océans et de la lithosphère que l’oxygène pouvait s’accumuler dans l’atmosphère, à l’époque encore riche en méthane. Sous l’influence des rayons UV, ce gaz à effet de serre produit par des bactéries s’oxyde rapidement en CO2 ainsi qu’en eau ; aussi représentait-il un obstacle à l’accumulation de l’oxygène moléculaire, mais au moment où toutes ces réactions consommatrices d’oxygène se sont arrêtées dans l’hydrosphère, la lithosphère et l’atmosphère, le Great Oxydation Event ou Grande Oxydation a pu changer le visage de notre planète. L’accroissement d’oxygène qui en résultait, était probablement la condition sine qua non pour l’évolution des Gabonionta et leur succès.

Inauguration de l'exposition Gabonionta Formes de vie complexes et structurées

Jusqu’à la découverte des Gabonionta, le monde scientifique ne connaissait que deux organismes qui auraient pu être les représentants de la vie multicellulaire macroscopique : Grypania spirales est un organisme en forme de rubans enroulés d’une longueur de plusieurs centimètres; ses traces remontent à 2.1 milliards d’années et ont retrouvées en Inde, en Chine et Amérique du Nord. Horodyskia par contre présente une morphologie qui penser à un collier de perles et a été découvert dans des sédiments âgés de 1.5 milliard d’années au Montana et en Australie. Grypania spiralis est surtout considéré comme une algue eucaryote, tandis que Horodyskia pourrait être l’un des premiers organismes fongiques. Ces deux formes de vie présente une morphologie peu complexe et rappellent les communautés macroscopiques des archées. D’une morphologie plus complexe, les Gabonionta, par contre ne peuvent être considérés comme tels. Plus de 450 spécimens ont été récoltés à ce jour. D’une taille atteignant 17 cm, ces fossiles constituent des morphotypes différents. Certains spécimens présentent une morphologie plus ou moins circulaire, d’autres ont une forme plus allongée faisant penser à des vers aplatis. Jusqu’à aujourd’hui, il n’est pas possible d’affirmer si ces différentes formes de vie constituent des espèces distinctes ou illustrent la variabilité de forme au sein d’une même espèce. Néanmoins, en raison des différences évidentes entre les morphotypes, il est probable que de nombreuses espèces coexistaient. Pour comprendre la structure interne des Gabonionta, El Albani et son équipe ont analysé les spécimens à l’aide d’un micro-tomographe. Les données ainsi collectées ont permis de reconstruire des modèles virtuels en 3D qui révèlent l’organisation interne des Gabonionta : un élément central de forme ellipsoïde ou sphérique, typique de ces organismes. Cet élément présente souvent certains plissements, ce qui est probablement dû à une déformation post-mortem de l’élément central gélatineux. Celui-ci présente une fabrique radiale en bordure, plus ou moins courbée et étendue. El Albani estime que la morphologie complexe des Gabonionta est le plus ancien indice géologique d’une croissance structurée et d’une communication intercellulaire. Le site de découverte des fossiles se situe à quelques kilomètres de Franceville, dans le bassin francevillien. Les fossiles ont été trouvés dans des schistes argileux noirs issus d’un environnement marin côtier d’eau peu profonde. De nombreuses plaques présentent un grand nombre de fossiles : in-situ on y trouve parfois jusqu’à 40 spécimens par mètre carré. apparemment, les Gabonionta vivaient en grandes colonies sur les hauts-fonds marins plats. Les fossiles conservés sous forme d’empreinte et de contre-empreinte ont été transformé en pyrite et en oxyde de fer. Grâce à cette conservation, l’équipe d’El Albani a pu apporter la preuve géochimique qu’il s’agissait bel et bien de matière vivante fossilisée.

Inauguration de l'exposition Gabonionta La fin de l’évolution des Gabonionta

La période d’évolution des Gabonionta était alors fortement liée au G.O.E Grand Evènement d’Oxydation. Leur disparition aussi a probablement été influencée par le développement de l’atmosphère. 100 millions d’années seulement après l’épanouissement des Gabonionta, le taux d’oxygène dans l’atmosphère a brusquement chuté, et de nouveaux ce sont les sédiments marins protérozoïque du bassin francevillien qui nous livre les indices de cet évènement. Dans des séries sédimentaires âgées de 2.15 à 2.08 milliards d’années, donc beaucoup plus récentes que les couches fossilifères des Gabonionta, une équipe menée par Donald E. Canfield et Abderrazak El Albani a pu constater en 2013 une rapide transformation de l’eau profonde et riche en oxygène en un milieu euxinique (voir article PNAS, 110, 16736-16741). Cette crise d’oxygène a été précédée par une période globale où des grandes quantités de carbone organique ont été fixées dans les sédiments : d’un point de vue géochimique, ce moment clé nommé Evènement Lomagundi. Lorsque des activités tectoniques ont soumis les sédiments accumulés à l’altération, le carbone organique présent dans les sédiments est devenu un immense réservoir chimique absorbant l’oxygène atmosphérique. Pour les scientifiques , c’était le début d’une période stable appelé par le monde anglophone the boring billion, le milliard ennuyeux.

Inauguration Exposition Gabonionta L’exposition

Datée de 2.1 milliards d’années, les fossiles du Gabon ont permis de faire reculer le curseur de l’émergence de la vie multicellulaire sur Terre de plus d’un milliard d’années, d’où leur importance pour l’histoire de la vie à l’échelle de la planète. Ils représentent le plus vieil écosystème connu et n’ont jamais été présentés au public. Du 12 mars au 30 juin 2014 le Musée d’Histoires Naturelles de Vienne donne pour la première fois au monde un aperçu de l’univers des Gabonionta. Ces macro-fossiles ont été découvert en 2008 par le Pr Abderrazak El Albani de l’Université de Poitiers et du laboratoire IC2MP. Cette exposition a pu voir le jour grâce à l’esprit de coopération du Pr El Albani et à l’aide du Dr Jean-Luc Steffan, Attaché de coopération scientifique à l’ambassade de France à Vienne.

Les spécimens les mieux conservés sont présentés dans deux vitrines pour illustrer la richesse du plus ancien écosystème complexe connu. Des vidéos montrent des reconstructions virtuelles en 3D : ces animations obtenues par un micro-tomographe donnent aux visiteurs un aperçu spectaculaire de la morphologie interne des Gabonionta. Un film documentaire de 40 minutes réalisé par l’Université de Poitiers permet aux visiteurs d’obtenir de plus amples informations et convie à un voyage sur le site de découverte gabonais. Les textes du documentaire ont été traduit en allemand par des étudiants de l’Institut de Traductologie de l’Université d’Innsbruck en Autriche et l’engagement de nombreux volontaires. Ce projet de traduction, accompli en coopération avec l’Ambassade de France à Vienne et l’Institut français de Vienne, a été coordonné par Mme Mag. Martina Mayer et parrainé par le pôle Interdisciplinaire d’études françaises de l’université d’Innsbruck.

L’exposition a été organisée par des collaborateurs du Département de Géologie et de Paléontologie du Musée d’Histoires Naturelles de Vienne et par le Pr Abderrazak El Albani.

Voir les photos de l’inauguration de l’exposition Gabonionta

Pour en savoir plus : Aller sur le site de l’exposition

Lire l’article de La Recherche du 5/3/2014

Retrouver le blog d’Abderrazak El Albani.

Lu dans la presse du CNRS

Lu dans la presse du CNRS

Lu dans la presse autrichienne

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